On se verra plus tard dans cet entre-deux-mondes
Qui ne sera demain et qui n’était hier.
Nous, bâtisseuses d’éphémères
Aux échos éternels ;
Nous, les oubliées du monde,
Mythiques improbables…

 

Néant mais omniscient, ainsi est l’espace-temps
Abritant nos murmures, nos silences et nos cris,
Nous, les tisseuses de destins
Croisés, communautés
D’entraide, systématique
Support, et le système
Résiste, car l’oppression
Persiste et jamais on
Désiste.

 

Car si on tombe, qui d’autre entendra le fracas
De nos corps effondrés, nos vies abandonnées
Jamais répertoriées ?

 

Car si on tombe, qui d’autre sait comprendre le vide
Ou entendre un non-dit étouffé dans l’espace
Qui n’a jamais eu lieu ?

Qui d’autre connait si bien la richesse de l’absence ?

Nous, architectes du vide,
Une rue entre deux plaques
Et sismiques on se vit, en mouvement on s’invite
Et toujours on évite d’annihiler nos rires,
De diminuer nos dires, de soumettre l’empire
Qui inspire nos forces que le monde n’a pensées
– On ne pense pas le vide à moins qu’on ne réside
Dans le trop-pas-assez, dans les failles de l’écorce…

 

On se verra plus tard dans cet entre-deux-mondes
Qui ne sera demain et qui n’était hier,
Mais qui pour aujourd’hui, éphémère mémorable,
Accueillera nos rêves
D’utopie, nos richesses
Infinies et le vide
Sera tout, le néant
Sera nôtre et pour
Juste un instant,
Nos récits prendront corps
Et nos vies seront l’âme
De ce monde juste à nous…

W. P.

Inspiration :

Comment faisons-nous communauté ? Comment nous construisons-nous ? Comment naviguons-nous un espace prévu pour notre absence ? Nous créons des espaces, des moments fugitifs où rien d’autre n’importe que nos voix, nos espoirs. Et qu’importe la norme qui rêve de nos silences, nos rires résonnent sans fin dans cet entre-deux-mondes.

 

Potomitances, le titre, est inspiré du mot « potomitan », utilisé en créole guadeloupéen pour désigner les femmes, synonyme de force, de courage infini. Le « poteau du milieu », les femmes ont le fardeau de maintenir l’ouvrage debout coûte que coûte, voire au détriment d’elles-mêmes. En transposant ce terme au participe présent francisé, je voulais au contraire ramener le mouvement à l’avant de la scène et briser la contrainte de l’immuabilité. Car, les femmes noires qui aiment les femmes dans toutes leurs nuances peuvent à la fois être fortes, vulnérables, résiliantes, fatiguées; elles peuvent alternativement soutenir et être soutenues. La force est peut-être justement une combinaison de tout cela. Le lien communautaire qu’elles savent créer transcende l’entendement des espaces préconçus et dépasse les limites du temps préétabli. Et leurs potomitances, leurs moments de brillances s’affranchissent des normes, même pour un instant…

 

Potomitances est un texte de spoken word que j’ai composé suivant l’inspiration de la thèse de doctorat que Jade Almeida a soutenue avec brio, intitulée « Les femmes noires qui aiment les femmes : résistance aux rapports de pouvoirs enchevêtrés ». 

 

Instrumental : Numéro 7 Alone With My Thoughts, par Ester Abrami